St-Lo en grève: Étudiants contre l’austérité
Merci à Félix, Rafael, Laurélie, Nour et Édouard de l’association étudiante du CÉGEP St-Laurent (AECSL) pour leurs témoignages!
Comme vous l’avez probablement remarqué, du 23 au 28 mars, les étudiants du CÉGEP St-Laurent se battaient contre l’austérité. C’est en tout plus de 60 000 étudiants qui sont entrés en grève au Québec. À Montréal, c’était entre autres ceux de Maisonneuve, Vieux-Montréal, St-Laurent, en plus de certaines associations étudiantes de l’UQAM ainsi que de l’UdeM qui sont entrés en grève.
Mais d’abord, c’est quoi l’austérité?
D’après l’ASSÉ (Association pour une Solidarité Syndicale Étudiante), l’austérité est appliquée par des gouvernements lorsqu’ils baissent radicalement les budgets de certaines fonctions publiques pour réduire la dette de l’État. Deux synonymes de ce phénomène sont la rigueur budgétaire et la politique de déficit zéro. La raison évoquée par le gouvernement est souvent qu’il faut réduire la taille de la dette gouvernementale pour faire croître l’économie.
La grève étudiante
La grève étudiante de la semaine du 23 mars 2026 n’était pas la première fois que les étudiants aux cycles supérieurs agissaient contre l’austérité gouvernementale. En novembre 2025, une autre grève avait eu lieu pour la même raison. D’après Pivot, les étudiants dénonçaient en particulier les coupures budgétaires envers le réseau d’éducation supérieure. Cette année, au CÉGEP St-Laurent, les élèves soulignent le fait que le bâtiment principal de leur école, bâti en 1847 est complètement délabré. Une étudiante note que plusieurs fenêtres sont couvertes de bois, que plusieurs parties des pavillons principaux sont inaccessibles et que plusieurs programmes, par exemple, de cinéma, ont été déplacés dans un bâtiment à 20 minutes de marche de l’école. En plus, certaines classes contiennent encore de l’amiante (eng: asbestos), qui était utilisée comme isolant il y a plusieurs décennies, mais dont l’utilisation a été arrêtée, car elle cause le cancer. Une revendication dont les membres de AECSL nous ont fait part pendant notre interview est que le CÉGEP n’a plus d’infirmière depuis plus d’un an. Nour, un membre exécutif de l’AECSL, expliquait que l’infirmière voyait auparavant autour de 500 élèves par semaine et que son absence se ressent dans l’école.
Le compte instagram de l’AECSL explique qu’elle entre en grève en partie parce que les négociations avec l’administration de l’école n’allaient nulle part.
Lundi, des étudiants ont bloqué l’entrée du CÉGEP de l’intérieur et le SPVM a fini par les en sortir en fin de journée, ce qui a poussé les étudiants à ériger des barricades aux alentours du bâtiment avec des cartons, des clôtures, des poubelles… Vous pouvez encore voir certaines de ces barricades sur le terrain de l’école. Félix, de l’AECSL, nous a dit que lundi, lorsque la police est rentrée dans l’école, elle n’a pas été trop violente, mais que certains étudiants se sont quand même fait lancer hors de l’école par des policiers. En plus, l’éviction s’est passée tellement vite que beaucoup d’étudiants ont dû laisser leurs effets personnels derrière. Certains de ces effets personnels se sont retrouvés dans le dépotoir à l’arrière du bâtiment, dont plusieurs manteaux et autres vêtements d’hiver.
Lors du deuxième jour de grève, mardi, un policier a sorti une bombe lacrymogène, mais ne l’a pas lancée. Ce policier voulait intimider les étudiants. Félix souhaitait aussi souligner la différence entre les membres exécutifs de l’AECSL et les individus qui étaient présents lors de la grève qui ont, par exemple, mis le feu à une poubelle et mis une table dans un arbre.
Les étudiants de St-Laurent ont reçu beaucoup de soutien de la part d’autres organisations, par exemple, de leurs professeurs, de l’UQAM, de Maisonneuve, et des Cols bleus de la Ville de Montréal. Si vous avez entendu un homme parler au mégaphone ou vu un camion rempli de mégaphones mercredi, c’étaient les Cols bleus qui montraient leur soutien pour la grève.
Certains d’entre vous se demandent peut-être pourquoi des étudiants qui sont dans une école pendant seulement deux ou trois ans sont aussi impliqués dans la grève. Nous avons posé la question aux membres de l’AECSL et voici ce qu’ils avaient à dire:
Édouard dit qu’il faut voir leurs actions de manière globale. Les changements pour lesquels ils se battent ne sont pas immédiats, mais ils en valent la peine car ils affectent les générations futures. Édouard mentionne aussi le programme de théâtre qui, si les mesures austères du gouvernement restent en place, disparaîtra d’ici dix ans. Il explique que même s’il ne verra pas la fin du programme lui-même, ça reste important de se battre pour son existence.
Laurélie explique qu’il essaye de faire en sorte que ses frères et sœurs, qui sont plus jeunes que lui, aient une bonne expérience au CÉGEP.
Nour note que la vision à long terme est importante, mais qu’il faut avoir des changements immédiats, par exemple, avoir une infirmière. D’après lui, même s’il ne reste que quelques années au CÉGEP, il peut quand même y voir des améliorations. Il a aussi parlé du fait que faire une grève, l’organiser et y participer pendant l’adolescence et le début de l’âge adulte prépare les élèves à être capables de se battre pour leurs droits quand ils seront plus vieux et qu’ils feront partie de syndicats, ce qui est essentiel.
Félix a expliqué que, puisque la détérioration du bâtiment se passe aussi vite, il faut aussi agir vite pour pouvoir améliorer la situation. Il a aussi noté que la plupart des professeurs du CÉGEP soutiennent les élèves dans leur combat. En particulier, il a parlé de sa prof de français qui a fait exprès de parler de Antigone avant la grève. Antigone étant un symbole fort de la résistance par la jeunesse, ce thème est très actuel. (Note de l’auteur, si vous avez le temps, lisez Antigone de Jean Anouilh!!!! C’est une très bonne pièce).
Finalement, les étudiants que nous avons rencontrés nous ont parlé de tout «l’amour envoyé» (Laurélie, ASCSL, 2026) pendant la manifestation. Même si l’administration de l’école n’a pas accepté toutes leurs demandes, les étudiants ont pu montrer leur pouvoir et, dans certains cas, créer un fort sentiment de communauté. Les membres exécutifs ont mis l’accent sur le fait que leur manifestation était basée sur «la positivité, l’amitié et la communauté» (Félix, AECSL, 2026) en plus de leurs revendications de base.
PS: L’AECSL fait passer le message qu’elle compte organiser une autre grève étudiante le vendredi 1er mai et vous invite à y participer. Pour plus d’informations ou pour des ateliers sur la sécurité lors de manifestations, visitez le local de l’AECSL au A-44 au CÉGEP St-Laurent ou leur compte instagram @aecsl.sl ! En plus, si vous voulez organiser une grève quelque part, ils vous proposent d’aller les voir pour des conseils!
Sources:
https://unmouvement.asse-solidarite.qc.ca/austerite/quest-ce-que-lausterite.html%C2%A0https:/pivot.quebec/2026/03/26/des-etudiant%C2%B7es-uni%C2%B7es-contre-lausterite/%C2%A0https:/www.tvanouvelles.ca/2026/03/24/cegep-de-saint-laurent-ferme-bloque-par-manifestants%C2%A0https:/www.instagram.com/aecsl.sl/
Interview avec des membres exécutifs de l’AECSL


